Sous le couvert d'une autofiction, Almodovar trace le portrait de son époque, de ses faiblesses, ses tourments, son indigence créatrice. Son double, Antonio Banderas, l'acteur principal du film, devient une incarnation de la condition de l'artiste en quête de ses racines pour retrouver la source cachée de son inspiration artistique. De même que l'écriture de soi deviendrait vite plate et ennuyeuse sans le talent de l'écrivain, de même un autoportrait cinématographique présenterait peu d'intérêt si la caméra, telle un miroir, n'était pas orientée vers le spectateur pour lui présenter son reflet par le truchement de l'acteur. C'est ainsi que le regard de l'autre (ici l'artiste) nous renvoie notre propre image et, en l'approfondissant, celle de la société contemporaine. Nous prenons conscience de nous-même grâce au miroir qui nous permet d'identifier nos traits et à la transmission parentale ou intergénérationnelle qui, en nous intégrant dans le groupe social, nous donne notre sentiment d'appartenance. Ici c'est la mère, la femme, qui sert de maillon et non le père.
La représentation artistique quelle soit littéraire, figurative ou cinématographique, nous rend accessible des expériences, des émotions et des sentiments que nous ne comprenons et ne reconnaissons pas toujours, demeurant la plupart du temps à la lisière de notre vie intérieure. (A suivre)
… - Film, Cinéaste, Espagne, Pedro Almodovar